Botrytis fraisier : prévention et lutte intégrée

Botrytis fraisier : prévention et lutte intégrée

Econome à Légumes

Le Botrytis fraisier n'est pas une maladie qu'on traite quand elle apparaît : c'est une pression permanente qu'on pilote tout au long de la saison. Pour un fraisiculteur professionnel, Botrytis cinerea représente l'une des contraintes sanitaires les plus lourdes à gérer, précisément parce que ses conditions de développement — des températures douces combinées à une hygrométrie élevée — coïncident avec les stades phénologiques les plus critiques : floraison, grossissement, récolte.

En quelques heures de conditions favorables, une pression initialement modérée peut dégénérer en épidémie incontrôlable. Les pertes ne se limitent pas aux fruits invendables : elles touchent la qualité des lots adjacents, la chaîne froide, et parfois la rentabilité de l'ensemble de la saison. En bio particulièrement, des années à forte pression Botrytis suffisent à transformer une marge acceptable en perte financière nette.

Cet article documente les mécanismes biologiques du champignon, les leviers préventifs disponibles — culturaux et de biocontrôle — et les principes de raisonnement des fongicides conventionnels. Il couvre les deux contextes de production professionnelle : plein champ et sous tunnel.


🌿 Le Botrytis, ça se pilote. Mais les décisions ne sont jamais simples.

Face à une pression Botrytis, les questions qui se posent réellement sur le terrain sont rarement celles auxquelles un guide technique répond :

  • À quelle fréquence intervenir en biocontrôle quand la pression est modérée mais persistante depuis dix jours, avec une météo instable en perspective ?
  • Comment arbitrer entre un fongicide FRAC 7 et un FRAC 12 en fin de récolte sur une remontante, en tenant compte des délais avant récolte et de l'historique de traitements de la saison ?
  • Le BSV indique un risque élevé, mais vos plants sont sains — vous traitez ce soir ou vous attendez l'évolution météo de demain ?

Ces arbitrages dépendent de votre exploitation, pas d'un tableau de synthèse générique. Fraisibot, notre conseiller agronome fraise, vous aide à raisonner ces décisions en temps réel, en tenant compte de votre système de culture, de votre stade phénologique et de vos contraintes agronomiques.

Aide à la décision face à un problème sanitaire urgent

Biologie et cycle épidémique de Botrytis cinerea sur fraisier

Botrytis cinerea est la forme asexuée du champignon ; la forme téléomorphe — Botryotinia fuckeliana — n'est pratiquement jamais observée en conditions de production. Il s'agit d'un champignon nécrotrophique et polyphage, capable de coloniser des tissus vivants, affaiblis ou morts. Cette plasticité est précisément ce qui le rend difficile à maîtriser : il n'attend pas une plante fragilisée pour s'installer.

Cycle en fraiseraie. Le champignon passe l'intersaison sous forme de sclérotes dans le sol et les débris végétaux, et sous forme de mycélium latent sur les matières organiques. Au printemps, dès que les conditions thermiques et hygrométriques redeviennent favorables, la production de conidies reprend. Ces conidies sont disséminées principalement par voie aérienne (vent, courants d'air dans les tunnels), mais aussi par les manipulations, les outils de récolte et les vêtements du personnel. Une fois déposées sur un organe sensible, la germination s'amorce dès que l'humidité relative dépasse 75 % à des températures comprises entre 15 et 25 °C. La plage optimale d'accélération de la maladie se situe entre 15 et 20 °C.

Fenêtres d'infection par stade phénologique. La floraison constitue le stade de vulnérabilité maximal. Les fleurs ouvertes sont des portes d'entrée directes pour le champignon : l'infection se produit à l'anthèse, souvent sans symptôme visible immédiat. C'est ce décalage entre l'infection et l'expression des symptômes qui piège les producteurs : les fruits semblent sains à la nouaison, la pourriture n'apparaît qu'en phase de grossissement ou à maturité, quand la teneur en sucre du réceptacle devient un substrat optimal pour le développement du champignon. En pleine récolte, la contamination entre fruits voisins peut se propager en 24 à 48 heures dans des conditions humides.

Sources d'inoculum à surveiller. Les débris végétaux non évacués (feuilles, pétales tombés, fruits surmûrs laissés sur le plant) constituent les principaux réservoirs de spores en production. Les blessures mécaniques jouent un rôle de porte d'entrée souvent sous-estimé : piqûres de guêpes, morsures de fourmis, dégâts de grêle — tout traumatisme sur le fruit est un vecteur d'infection potentiel.


Symptômes par organe et diagnostic différentiel

Fruits jeunes. Les premières manifestations sont un brunissement à la base du fruit, un ramollissement progressif, puis un dessèchement si les conditions d'humidité restent insuffisantes pour la sporulation. Le fruit peut se momifier sans jamais présenter le feutrage gris caractéristique si le temps reste sec.

Fruits mûrs. En conditions d'humidité élevée (HR > 75 %, températures de 15 à 20 °C), les zones atteintes deviennent ternes, le réceptacle se ramollit rapidement, puis une sporulation dense blanc-grisâtre se développe en 24 à 48 heures. Le lot est perdu, et les fruits en contact direct avec les fruits sporulants sont contaminés à leur tour.

Fleurs et sépales. Les fleurs ouvertes présentent un brunissement des pétales et des sépales, parfois accompagné d'un voile poudré grisâtre. Ce symptôme sur organes floraux est un indicateur précoce de pression élevée — il précède souvent les dégâts sur fruits et doit déclencher une réévaluation de la stratégie de protection en cours.

Feuilles et pétioles. Des taches circulaires avec un halo chlorotique peuvent apparaître sur les feuilles, plus rarement sur les pétioles. Ces symptômes ont une incidence économique directe limitée, mais leur présence trahit un niveau de pression ambiante élevé et un microclimat favorable dans la végétation.

Diagnostic différentiel. Plusieurs maladies fongiques du fraisier peuvent être confondues avec le Botrytis, notamment en début d'épidémie :

L'anthracnose (Colletotrichum acutatum) provoque également des lésions brunes sur fruits, mais les taches sont généralement déprimées (en creux), à bords nets, sans sporulation grise. L'anthracnose s'exprime plus fréquemment par temps chaud et humide, et touche aussi les pétioles et les stolons avec des lésions fusiformes.

La pourriture du collet à Phytophthora (Phytophthora cactorum) peut produire un flétrissement brutal qui, vu depuis l'extérieur, ressemble à un effondrement sanitaire. Mais les symptômes sont racinaires et au niveau du collet, pas sur les fruits. Un examen du cœur de la plante montre un brunissement vasculaire, absent dans le cas du Botrytis.

La moisissure chevelue (Rhizopus stolonifer) donne une sporulation noirâtre ou brun foncé, à différencier nettement du feutrage gris du Botrytis, surtout en conditions de forte chaleur post-récolte.


Impact économique : ce que coûte vraiment un épisode de Botrytis

Le Botrytis est reconnu comme la maladie à incidence économique la plus forte en fraisiculture professionnelle. Les pertes directes sur fruits peuvent représenter 20 à 40 % du rendement commercialisable lors d'une saison à forte pression. En bio, une année épidémique suffit à transformer une marge correcte en perte nette — le manque d'arsenal fongicide conventionnel rend la situation rapidement incontrôlable si la prévention a été insuffisante.

Mais la lecture uniquement quantitative des pertes sous-estime les dégâts réels. Un épisode de Botrytis affecte la qualité des lots qui ne sont pas encore pourris : les fruits en développement dans un foyer actif ont un Brix abaissé et une fermeté réduite, ce qui dégrade leur tenue logistique et leur valeur commerciale. Des lots qui passent le tri à la récolte peuvent se déclasser en 48 heures en chambre froide.

Pertes directes et coûts cachés. L'impact financier d'un épisode se lit à plusieurs niveaux. Le premier est évident : les fruits pourris invendables, qui représentent une perte sèche sur le produit brut de la récolte. Mais s'y ajoutent des coûts souvent non comptabilisés : le temps de main-d'œuvre consacré à trier et éliminer les fruits atteints en cours de cueillette, qui ralentit la cadence et alourdit le coût de récolte à l'hectare ; le déclassement des lots voisins qui présentent des défauts subcliniques (pédoncules brunis, taches débutantes) ; et les refus de livraison ou les déductions appliquées par les acheteurs GMS sur les lots présentant un taux de Botrytis supérieur au seuil contractuel.

Différentiel plein champ vs tunnel. En plein champ, la pression est directement liée aux épisodes pluvieux et aux conditions de rosée — la variabilité interannuelle est forte. Une saison humide de mai à juin peut entraîner des pertes de 30 à 40 % sur les parcelles mal gérées, quand une saison sèche limite les dégâts à quelques pourcents. Sous tunnel, la pression est plus prévisible mais potentiellement plus constante : l'humidité relative nocturne est structurellement élevée, et un défaut de ventilation ou de conduite peut entretenir une pression chronique de bas niveau qui dégrade silencieusement la qualité des lots tout au long de la saison, sans épisode spectaculaire apparent.

Conservation et chaîne froide. Le Botrytis est le premier facteur limitant la durée de conservation des fraises : les lots présentant une contamination latente se dégradent en 3 à 7 jours de stockage en chambre froide. Dans un contexte de mise en marché sous cahier des charges exigeant — GMS, restauration collective, circuits bio premium — ce délai peut être rédhibitoire, particulièrement pour les producteurs qui expédient sur des marchés éloignés ou qui assurent une mise en rayon J+2/J+3. La récolte sur fruit sec, tôt le matin, est une réponse partielle à ce problème ; elle ne résout pas une contamination latente déjà installée sur la parcelle.

Un chiffre concret issu des données de terrain : une opération d'effeuillage bien conduite permet de réduire jusqu'à 40 % le taux de fruits déclassés pour cause de pourriture grise en fin de saison. Ce seul levier, souvent sous-valorisé car chronophage, a un retour sur investissement en main-d'œuvre très significatif dans les exploitations à forte production.

Les dégâts de grêle méritent une mention particulière : les blessures mécaniques sur fruits créées par la grêle sont des portes d'entrée immédiates pour Botrytis cinerea, et déclenchent des pertes massives en quelques jours. Les producteurs exposés en plein champ intègrent ce risque dans leur stratégie de protection physique — filets anti-grêle — mais aussi dans leur planification des traitements post-événement.


Leviers préventifs : de l'hygiène culturale au pilotage microclimatique

La prévention du Botrytis repose sur une logique simple : réduire la durée et l'intensité des fenêtres favorables à la germination des spores, et limiter les sources d'inoculum disponibles dans la parcelle. Voici les leviers opérationnels, classés par impact.

Gestion de l'humidité dans la végétation. C'est le levier numéro un, particulièrement sous abri. Sous tunnel, le confinement crée des pics d'humidité relative nocturne qui atteignent régulièrement 90 à 95 % même sans précipitations. La ventilation active — ouverture des deux côtés du tunnel en fin d'après-midi, avant la baisse de température nocturne — est essentielle pour évacuer l'humidité avant que les conditions de germination ne soient réunies. La densité de plantation est directement liée à ce point : des rangs trop serrés créent un couvert fermé où l'air stagne et l'humidité persiste.

Effeuillage sanitaire. L'effeuillage régulier — élimination des feuilles âgées, jaunissantes ou présentant des lésions — améliore la circulation de l'air dans la végétation et réduit la biomasse disponible comme substrat pour le champignon. Toutes les parties prélevées doivent être évacuées hors de la parcelle, et non laissées dans les rangs ou sur le sol. Sous tunnel, cela inclut l'évacuation des fruits surmûrs et des pétales tombés, qui sont des réservoirs d'inoculum dans un espace confiné. Rappel chiffré : un effeuillage bien mené réduit jusqu'à 40 % le taux de fruits déclassés pour pourriture grise.

Irrigation. Le goutte-à-goutte est le système de référence en production professionnelle, précisément parce qu'il maintient le feuillage et les fruits secs. La micro-aspersion sous abri est fortement déconseillée à la floraison et durant toute la période à risque : elle mouille les fleurs et le feuillage, et crée des conditions de germination immédiates. En plein champ, l'aspersion peut être tolérée hors des périodes sensibles, mais l'arrosage doit systématiquement se faire le matin pour permettre le séchage du feuillage dans la journée. Pour en savoir plus sur les pratiques d'irrigation raisonnée, voir notre article Irrigation fraisier : besoins et pilotage.

Fertilisation azotée. Un excès d'azote produit une végétation luxuriante, des tissus aqueux et une fragilité accrue vis-à-vis des pathogènes fongiques. En production de fraises, les apports azotés sont à raisonner avec précision par stade : un sur-dosage avant floraison aggrave directement la sensibilité au Botrytis. Ce point est détaillé dans notre article Fertilisation fraisier : ratio N-P-K par stade.

Paillage. Le film plastique noir sur buttes remplit une double fonction : il limite les éclaboussures des spores présentes dans le sol vers les fruits, et maintient les fruits en dehors du contact direct avec l'humidité. L'agrofilm perforé, utilisé en tunnel en hors-sol, permet une évaporation plus régulée. Dans les deux cas, le paillage n'est efficace que si l'irrigation est maîtrisée : un excès d'humidité sous le plastique crée un microclimat favorable aux pathogènes.

Maîtrise des blessures. Les piqûres de guêpes et les morsures de fourmis sont des vecteurs de contamination directs par Botrytis : chaque ouverture dans l'épiderme du fruit est une porte d'entrée. La mise en place de pièges à guêpes à proximité immédiate des rangs est une mesure préventive simple à fort impact en période de récolte. Pour une gestion intégrée des ravageurs causant ces blessures, voir notre article Ravageurs fraisier : suzukii et acariens.

Hygiène à la récolte. La cueillette sur fruit sec, de préférence le matin avant la montée en température, limite la dissémination mécanique des spores. Le personnel formé à éviter les contacts entre fruits sains et fruits suspects, et la désinfection régulière du matériel de récolte entre les rangs, sont des pratiques à intégrer dans les protocoles d'exploitation. Pour les opérations d'effeuillage et de conduite liées à la gestion sanitaire, voir Conduite du fraisier : stolons et effeuillage.


Biocontrôle : produits, logique de positionnement et limites

La principale règle du biocontrôle contre le Botrytis est aussi la plus souvent mal appliquée : ces produits se positionnent avant la pression, pas en réponse à la pression. Un producteur qui attend les premiers foyers pour intervenir avec un produit de biocontrôle a déjà perdu la fenêtre d'efficacité optimale.

Bacillus subtilis et Bacillus amyloliquefaciens. Ces bactéries antagonistes — présentes notamment dans Serenade ASO (B. subtilis) et Amylo-X (B. amyloliquefaciens) — agissent par plusieurs mécanismes complémentaires : production de lipopeptides antifongiques, compétition pour la niche sur les organes végétaux, stimulation des défenses de la plante. Leur efficacité est maximale à des températures comprises entre 15 et 30 °C. Un positionnement en pré-floraison, reconduit tous les 7 à 10 jours selon la pression météorologique, est la stratégie de référence en production intégrée et biologique. Serenade est particulièrement documenté pour une application en pulvérisation avant la floraison.

Bicarbonate de potassium. Ce produit de biocontrôle agit en modifiant le pH de surface des organes végétaux, créant un environnement défavorable à la germination des spores. Il est utilisé en préventif, souvent en association avec les bactéries antagonistes. Son action est rapide mais de courte durée — un renouvellement fréquent est nécessaire, surtout après une pluie ou une irrigation par aspersion.

Cuivre en agriculture biologique. Les préparations cupriques (bouillie bordelaise) sont autorisées en AB contre le Botrytis sur fraisier, avec parcimonie compte tenu de la limite annuelle réglementaire en cuivre métallique (3 kg Cu/ha/an en moyenne sur 7 ans). Le positionnement optimal est préventif, avant les stades de floraison. L'utilisation du cuivre en curatif, quand les symptômes sont déjà présents, est peu efficace.

Note sur Trichoderma. Trichoderma harzianum est homologué sur fraisier pour la lutte contre les maladies racinaires — Phytophthora notamment — pas contre le Botrytis aérien. Pour la gestion du Phytophthora et de la verticilliose, voir Verticilliose fraisier et Phytophthora.

Logique de programme. En production professionnelle intégrée, le biocontrôle constitue l'ossature d'un programme préventif systématique : démarrage en pré-floraison, renouvellement tous les 7 à 10 jours, intensification des intervalles lors des fenêtres à risque météorologique. Ce programme préventif n'exclut pas un recours aux fongicides conventionnels lors des épisodes à risque élevé, mais permet de réduire significativement leur nombre d'applications. Pour une vision globale de la protection intégrée du fraisier, voir Protection fraisier : prophylaxie et biocontrôle.

💡 Un programme de biocontrôle bien construit repose sur des dizaines de microdécisions tout au long de la saison.

Fréquence des applications selon la météo. Compatibilité entre produits. Moment de la journée optimal pour pulvériser. Interaction avec les traitements fongicides de la rotation. Ces décisions gagnent à être raisonnées en tenant compte de votre situation spécifique — pas d'un schéma standard.

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Fongicides conventionnels : matières actives, résistances et rotation FRAC

En production conventionnelle, les fongicides restent un outil nécessaire, notamment lors des épisodes à risque élevé en pleine floraison. Leur efficacité dépend cependant directement de la rigueur de leur positionnement et de la rotation des modes d'actionBotrytis cinerea est classé parmi les agents pathogènes à très haut risque de développement de résistances.

Matières actives principales. Les deux molécules de référence documentées sur fraisier sont le fenhexamide (FRAC 17, famille des hydroxy-anilides, commercialisé sous Teldor) et le fludioxonil (FRAC 12, phénylpyrroles). Elles sont souvent combinées ou alternées avec des fongicides SDHI (FRAC 7) ou des benzimidazoles (FRAC 1). Pour toute application en France, la liste des produits homologués en vigueur est à consulter sur le site officiel E-Phy de l'Anses. Les homologations évoluent régulièrement, et plusieurs molécules majeures ont été retirées au cours des dix dernières années.

Résistances documentées. Le Botrytis a développé des résistances à de multiples modes d'action, notamment aux FRAC 1 (benzimidazoles), 7 (SDHI) et 17 (fenhexamide). Des souches multirésistantes sont couramment identifiées dans les fraiseraies européennes. Ce phénomène n'est pas théorique : dans des exploitations où les rotations de modes d'action ont été négligées pendant plusieurs saisons, il n'est pas rare de constater une efficacité réduite des traitements pourtant bien positionnés. La règle générale est de ne pas dépasser deux applications consécutives d'un même groupe FRAC sur une saison, en alternant systématiquement avec un autre mode d'action.

Construction d'un programme de rotation. Un programme raisonné sur une saison de production avec floraison échelonnée pourrait s'articuler ainsi : premier traitement en pré-floraison avec un produit de biocontrôle (Bacillus) ; à F2–F3 (pleine floraison), premier fongicide conventionnel FRAC 12 ou FRAC 17 selon l'historique de résistances locales ; en grossissement des fruits, second fongicide d'un groupe FRAC différent (FRAC 7 ou FRAC 1 si encore efficace) ; en début de récolte si la pression persiste, retour possible sur FRAC 12 dans le respect du DAR. L'insertion de produits de biocontrôle entre les applications fongicides permet d'allonger les intervalles entre traitements chimiques sans laisser de fenêtres non couvertes.

Délais avant récolte (DAR). Le DAR est une contrainte impérative en production commerciale. Les DAR varient selon les matières actives et les formulations — certains fongicides anti-Botrytis ont des DAR de 1 à 3 jours, d'autres de 7 jours ou plus. Toute décision de traitement en cours de récolte doit intégrer ce délai : un traitement effectué un vendredi sur une parcelle récoltée le lundi suivant peut exposer le producteur à un dépassement de LMR (Limite Maximale de Résidus), avec les conséquences commerciales et réglementaires que cela implique. Vérifier le DAR de chaque produit avant toute application en phase de récolte active n'est pas optionnel.

En agriculture biologique, l'arsenal conventionnel est exclu. La stratégie repose exclusivement sur les leviers préventifs culturaux et les produits de biocontrôle décrits ci-dessus. La bouillie bordelaise reste l'option cupriques autorisée, dans le respect du plafond réglementaire.

Outils d'aide à la décision en plein champ. Les modèles épidémiologiques MS-BOT et BoMa calculent le risque de déclenchement d'une épidémie de Botrytis en fonction des données météorologiques locales (température, humidité relative, durée de mouillage foliaire). Ils permettent de positionner les traitements au moment où la pression réelle le justifie, plutôt que sur un calendrier fixe. L'utilisation de ces OAD est particulièrement pertinente en plein champ, où la variabilité météorologique est plus forte qu'en tunnel, et où le nombre d'interventions peut être optimisé en évitant les traitements préventifs sur des fenêtres météo qui ne présentent finalement pas de risque. Sous tunnel, le suivi de l'hygrométrie interne en continu remplit une fonction similaire — les sondes connectées permettant d'objectiver les pics nocturnes et d'ajuster la stratégie de ventilation avant que le risque ne se concrétise.


Pourquoi un programme Botrytis "standard" ne sera jamais suffisant sur votre exploitation

Les guides techniques, BSV départementaux et fiches de préconisation ont une valeur réelle : ils documentent les mécanismes biologiques, fournissent des seuils de référence, listent les produits homologués. Mais ils se heurtent à une limite structurelle que tout producteur expérimenté connaît : ils ne tranchent pas les décisions quotidiennes que vous devez prendre sur votre exploitation.

La difficulté, avec le Botrytis, c'est précisément cette variabilité des situations qui fait que la même pression climatique ne donne pas les mêmes résultats d'une exploitation à l'autre — ni même d'une parcelle à l'autre.

La variété joue. Les génotypes se distinguent par leur architecture foliaire, leur densité de végétation, leur aptitude à sécher rapidement après une rosée. Une remontante à végétation dense en hors-sol tunnel est exposée très différemment d'une non-remontante en plein champ sol sur buttes. Les nouvelles sélections variétales ciblent la tolérance au Botrytis comme critère de sélection — certaines obtentions récentes affichent une meilleure résistance liée à une architecture foliaire plus ouverte ou à des propriétés épicuticulaires de la peau du fruit. Mais les compromis avec la qualité gustative, le rendement et la tenue à la récolte restent réels, et la décision variétale ne règle pas le problème de la conduite sanitaire en cours de saison.

Le stade phénologique change tout. Une pression modérée pendant la floraison appelle une réponse différente de la même pression modérée en phase de grossissement des fruits. En floraison, le risque est une infection latente sur fleurs qui ne s'exprimera que plusieurs semaines plus tard — la décision de traiter préventivement est une décision sur un risque futur invisible. En grossissement ou en récolte, le risque est immédiat et visible. La décision de traiter, de différer, ou de renforcer le préventif dépend de la position exacte dans le calendrier phénologique — une donnée qui varie de plusieurs semaines selon les variétés, les systèmes de culture et les configurations climatiques annuelles.

Le système de culture redéfinit les seuils. L'humidité relative dans votre tunnel peut dépasser 90 % la nuit alors que le BSV départemental, construit sur des données de stations météo extérieures, indique un risque modéré. Un producteur en multi-chapelles avec ventilation forcée a des leviers d'action que n'a pas un producteur sous tunnel frais non ventilé. Un producteur en hors-sol gouttières gère les problèmes d'humidité différemment d'un producteur en plein sol sur buttes avec paillage plastique. Les stratégies optimales ne sont pas les mêmes, et une préconisation générique ne peut pas anticiper ces différences.

L'historique parcellaire pèse. Une saison précédente à forte pression Botrytis a laissé des sclérotes dans le sol et les résidus végétaux. La pression initiale de la saison suivante sera structurellement plus élevée que sur une parcelle saine, même avec une météo identique. Ce facteur n'est pas pris en compte dans les recommandations générales, qui raisonnent sur une parcelle "standard" sans historique connu.

La météo locale prime sur le BSV régional. Le BSV est un indicateur de pression globale — utile pour une orientation stratégique, insuffisant pour des décisions tactiques à l'échelle de l'exploitation. Un épisode de rosée persistante localisé sur votre secteur, ou une nuit humide consécutive à une irrigation mal positionnée dans la journée, peut déclencher une infection sans que le bulletin régional l'ait signalé.

La résistance aux fongicides est locale. Le niveau de résistance de la population de Botrytis cinerea présente sur votre exploitation dépend de l'historique de traitements de vos parcelles — pas d'une moyenne nationale. Une exploitation qui a utilisé le fenhexamide quatre saisons de suite sans alternance peut faire face à une population résistante au FRAC 17 même si le référentiel régional ne signale pas de problème. Cette dimension individuelle de la gestion des résistances n'est jamais traitée dans les guides généraux.

Ces questions — quand traiter précisément, avec quoi, à quelle fréquence, comment articuler biocontrôle et conventionnel sur votre saison spécifique, comment interpréter le signal de vos plants aujourd'hui, comment ajuster la ventilation de votre tunnel en fonction de la météo des prochaines 48h — ne trouvent pas de réponse universelle dans un tableau de synthèse. C'est la variabilité des situations terrain, plus que la biologie du champignon en elle-même, qui génère les pertes dans les exploitations professionnelles.

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Conclusion : piloter le Botrytis à l'échelle de votre exploitation

La maîtrise durable du Botrytis en fraisiculture professionnelle repose sur trois piliers articulés : une prévention culturale rigoureuse réduisant les fenêtres favorables à la germination, un programme de biocontrôle positionné systématiquement avant la pression, et un recours raisonné aux fongicides conventionnels en rotation de modes d'action, aux stades phénologiques prioritaires.

Aucun de ces piliers n'est suffisant seul. Et le bon réglage des trois dépend, à chaque décision, de votre variété, de votre système de culture, de votre météo locale, de l'historique de votre parcelle et du stade de vos plants aujourd'hui.

C'est précisément ce niveau de contextualisation — qui dépasse ce que les guides généraux peuvent offrir — que Fraisibot apporte : un conseiller agronome IA spécialisé fraisier, disponible en temps réel pour raisonner vos décisions phytosanitaires dans le contexte spécifique de votre exploitation.

Pour aller plus loin dans la gestion sanitaire globale de votre fraiseraie, consultez également notre article Oïdium fraisier : reconnaître, prévenir, traiter, et pour une approche intégrée de l'ensemble des protections, Protection fraisier : prophylaxie et biocontrôle.

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